5 questions pour comprendre les tensions en Méditerranée orientale

Eklenme Tarihi: 16 Eylül 2020

Encouragée par des acteurs externes à la région, tels que la France, la Grèce prend des mesures faisant monter les tensions en Méditerranée orientale et en mer Égée, au lieu d’établir un dialogue direct et constructif avec Ankara.

L’Agence Anadolu expose dans cet article, les facteurs nourrissant cette crise, ainsi que les attitudes dommageables de la Grèce et de la France dans la région.

1. Comment les tensions en Méditerranée orientale ont-t-elles éclaté ?

Les accords internationaux signés par les Chypriotes grecs pour explorer les ressources énergétiques autour de l’île, ont été le premier élément ayant provoqué et accru les tensions en Méditerranée orientale, à travers notamment la violation des droits légitimes des Chypriotes turcs, vivant dans le nord de l’île.

Diverses compagnies occidentales, avec le soutien de leurs gouvernements, se sont lancées dans des activités d’exploration et de forage de gaz naturel dans la région, avec notamment le soutien de l’Administration chypriote grecque (ACG).

Depuis des années, la Turquie et la République Turque de Chypre du Nord (RTCN) avertissent les parties que les ressources naturelles découvertes autour de Chypre doivent profiter à tous les habitants de l’île et qu’une solution juste et durable est nécessaire pour un partage équitable des ressources naturelles. Mais l’ACG continue de faire la sourde oreille aux avertissements de la Turquie.

À mesure des prospections et découvertes de gisements d’hydrocarbures en Méditerranée orientale, les pays de la région ont décidé de conclure divers accords de zone économique exclusive (ZEE).

La Turquie et la RTCN ont continué d’avertir l’ACG alors qu’elle signait des prétendus accords de ZEE avec l’Égypte en 2003, le Liban en 2007 et Israël en 2010.

L’Administration chypriote grecque a continué de mener des forages exploratoires d’hydrocarbures avec des compagnies occidentales, dans des zones où la Turquie et la RTCN ont des droits légitimes.

L’Égypte, la Grèce, l’Administration chypriote grecque et Israël ont tenté d’exclure d’autres acteurs régionaux du partage équitable des ressources, tels que la Turquie, la Libye et le Liban, notamment à travers la réunion du « East Med Gas Forum » au Caire.

À titre d’initiative de bonne volonté, la Turquie et la RTCN ont proposé par l’intermédiaire des Nations Unies de créer un comité conjoint sur les ressources en hydrocarbures.

Cependant, Athènes et l’administration chypriote grecque, ayant reçu le soutien de l’Union européenne (UE), ont montré qu’elles n’étaient pas ouvertes à la coopération.

2. Pourquoi la Grèce insiste-t-elle sur la carte de Séville ?

La Grèce et l’ACG utilisent la « carte de Séville » afin de tenter d’isoler la Turquie en la confinant à son littoral méditerranéen.

La carte, préparée par le professeur Juan Luis Suarez de Vivero, de l’Université de Séville, dans le sud de l’Espagne, suggère que les revendications maritimes de la Grèce en mer Égée et en Méditerranée orientale comme son plateau continental et la ZEE déclarée par l’ACG en 2004, constituent les frontières de l’UE.

Cette carte prétend que le plateau continental grec part de l’île de Meis et s’oriente vers le sud jusqu’au milieu de la mer Méditerranée, ce qui ne reconnaît à la Turquie aucun territoire en dehors du Golfe d’Antalya, au sud de la Turquie.

La Turquie rejette ces affirmations, les qualifiant d’irrationnelles et d’incompatibles avec le droit international.

Ankara rejette cette revendication d’un plateau continental de 40 000 kilomètres carrés projeté à partir d’une île de 10 kilomètres carrés située à seulement 2 km des côtes continentales turques, tout en étant à 580 km des côtes continentales grecques.

3. Pourquoi la Grèce fait-elle la sourde oreille à l’appel de la Turquie pour le dialogue ?

En droit international, le principe de « distance » n’est pas mentionné comme règle pour délimiter les plateaux continentaux et les ZEE.

La règle fondamentale du droit international et de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer est le principe du « partage équitable ».

Selon cette règle, les îles ont des plateaux continentaux ou des zones de ZEE, plus petits que le continent.

De nombreux facteurs sont pris en compte à ce stade, tels que la taille des îles, leur emplacement et leur distance par rapport aux côtes continentales.

Consciente de cette injustice, la Grèce évite de s’asseoir à la table des négociations avec la Turquie, exigeant comme condition préalable au dialogue que la Turquie arrête ses activités de forage.

En gage de bonne volonté et d’ouverture au dialogue la Turquie avait précédemment ramené au port de façon temporaire, son navire Oruç Reis.

Mais ensuite, la Grèce a signé un accord maritime avec l’Égypte malgré les efforts diplomatiques de l’Allemagne pour initier des négociations entre la Turquie et la Grèce.

La Grèce a davantage exacerbé les tensions en organisant des exercices militaires conjoints avec la France et les Émirats arabes unis au sud de l’île de Crète.

4. Que veut la France ?

La France tente de s’attribuer un rôle en Méditerranée orientale en empêchant la médiation voulue par l’Allemagne.

Le Président français Emmanuel Macron a déclaré avoir adopté une “politique de ligne rouge” dans la région prenant parti pour la Grèce contre la Turquie notamment dans le dossier de l’exploration énergétique.

En provoquant Athènes et en encourageant la Grèce à augmenter ses dépenses militaires, Macron se prépare à récolter les premiers fruits de son opération de communication à travers la vente par la France à Athènes de 18 avions de combat de type « Rafale ».

5. Quelles sont les positions des autres acteurs internationaux ?

Les pays de l’UE doivent encore établir une politique commune dans la région.

Bien que les pays européens émettent des messages de soutien à la Grèce et aux Chypriotes grecs dans un souci de « solidarité européenne », de nombreux pays soulignent l’importance du dialogue pour résoudre la crise.

La Grèce et l’administration chypriote grecque insistent sur des sanctions contre la Turquie, mais notamment l’Italie et l’Espagne ne sont pas d’accord.

De son côté, le président américain Donald Trump appelle fréquemment à la diplomatie, mais se concentre davantage sur l’actualité nationale qu’internationale, à quelques semaine l’élection présidentielle.

Il convient cependant de noter que Washington a récemment et partiellement levé un embargo sur les armes, imposé depuis plusieurs décennies à l’ACG.

Athènes n’étant pas favorable à des pourparlers au sein de l’OTAN, tente de persuader l’UE d’imposer des sanctions à la Turquie, ce qui rend difficile la recherche d’une solution à travers le bloc européen.